Le Japon et la France, une histoire d’amour

Article de l’AFP, lu sur Yahoo Actualités du jeudi 24 mars 2005, à 17h10.
http://fr.news.yahoo.com/050324/202/4by34.html.
Le Japon et la France, une histoire d’amourTOKYO (AFP) – Le Japon entretient depuis longtemps une histoire d’amour avec la France, pays qui symbolise le luxe, la gastronomie et, pour beaucoup de Japonais, la résistance par procuration à la superpuissance américaine.
Certes, de la déclaration d’Edith Cresson jugeant en 1991 que les Japonais vivaient « comme des fourmis », aux essais nucléaires dans l’atoll de Mururoa en 1995 – qui déclenchèrent un boycott des produits français – et au commentaire de Nicolas Sarkozy qualifiant en 2004 le sumo de sport « vraiment pas intellectuel », certains épisodes ont froissé la sensibilité nippone.

Irritations pourtant passagères car la France continue à jouir d’un rayonnement sans égal au Japon.
« La France a une image branchée », témoigne Hitomi Nakashima, une étudiante de 20 ans sortant de la plus grande boutique Chanel du monde, à Ginza, les « Champs-Elysées » de Tokyo.

Elle n’a que faire de la levée par l’Union européenne de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine ou du contentieux autour du site d’Iter, le futur réacteur nucléaire expérimental, dossiers sensibles que ne manquera pas d’aborder Jacques Chirac lors de sa visite et qui opposent Paris et Tokyo.

Pour elle, « la France représente un certain sens du luxe ».

Flânant devant un magasin Louis Vuitton, Mieko Okamichi, une fonctionnaire de 56 ans, avoue, elle, avoir un penchant pour la politique française.

« C’est bien qu’il y ait quelqu’un qui puisse dire non aux Etats-Unis », explique-t-elle, en avouant son hostilité à la guerre américaine en Irak et sa déception après le soutien appuyé de Tokyo à Washington.

Se marier à un Français donne également une grande aura aux Japonaises, à l’instar de l’actrice Kumiko Goto, épouse de l’ex-pilote de F1 Jean Alesi depuis 1995, ou de l’ex-présentatrice TV Eriko Nakamura, mariée depuis 2001 au directeur général de la maison Jean-Louis Scherrer, Charles-Edouard Barthes.

Les Alesi ont été élus « couple international idéal » dans une enquête conduite auprès de 1.000 Japonais, hommes et femmes, par l’agence matrimoniale Destina Japan, devant Yoko Ono et John Lennon.

Et Eriko Nakamura a récemment écrit que son installation en France l’avait tranformée: « Je suis devenue capable d’exprimer mes propres opinions ».

Selon le psychanalyste Shu Kishida, les Japonais nourrissent « une énorme illusion à propos de la France, persuadés qu’elle a une culture avancée, sophistiquée et qu’elle excelle dans les arts ».

Le Japon, rappelle M. Kishida, avait été très impressionné par la puissance industrielle de l’Occident quand il a entrepris sa modernisation au milieu du 19ème siècle, en particulier par la France.

« D’un côté, les Japonais se lançaient dans la modernisation en admirant l’Occident. De l’autre, ils devaient se conformer à des standards occidentaux différents des normes traditionnelles japonaises », souligne-t-il, ce qui a suscité chez eux des sentiments ambigus, mêlant adoration et antipathie.

Dans ce cadre, « l’admiration des Japonais s’est ensuite exclusivement reportée sur la France », le Japon se battant successivement contre la Russie (1904-05), l’Allemagne (1914-18) et les Etats-Unis (1941-45), estime le psychanalyste.

« La France satisfait la mentalité antiaméricaine des Japonais, en tenant tête au pays qui a lâché deux bombes atomiques sur l’Archipel en août 1945 », dit-il.

« Le Japon obéit à l’Amérique mais les gens éprouvent du ressentiment à son encontre. La France, dont la population et l’économie sont plus petites, ne cède pas devant les Américains, ce qui d’une certaine façon force le respect des Japonais ».

Le grand écrivain Naoya Shiga est allé de son côté jusqu’à proposer que le Japon adopte le français comme langue nationale en avril 1946, moins d’un an après que le général MacArthur eut reçu la reddition nippone.

Publié par

bcg

Au Japon depuis 1982. Traducteur et interprète.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *