Lettre du GIS Asie – Octobre 2021 (extrait concernant le Japon)

Focus sur les activités de l’Institut français de recherche sur le Japon à la Maison franco-japonaise (MFJ)

Les 5 Instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE), situés en Asie font partie du GIS et représentent un outil important pour la communauté de recherche en études asiatiques. Le CNRS, dans sa lettre de septembre, met l’accent sur : Les UMIFRE, tremplins professionnels pour les jeunes chercheurs.

Ce mois-ci, nous présentons les actualités de la MFJ : un webinaire sur la « judiciarisation » des enjeux sociaux et environnementaux au Japon et en France et deux nouveaux arrivants, Raphaël Languillon-Aussel et Sébastien Lechevalier.

Webinaire «Judiciarisation» des enjeux sociaux et environnementaux au Japon et en France

L’intervention du juge s’étend à différentes sphères de la vie sociale, économique et financière, tels que la santé, le travail, l’environnement, ou encore les affaires. Cette série de webinaires propose d’analyser, grâce à la participation de chercheur·e·s et de praticien·ne·s français·e·s et japonais·e·s du droit, les conditions sociales, juridiques, économiques et politiques, le contexte et les acteur·rice·s de l’usage du droit au sens de recours juridique et judiciaire. Elle s’inscrit dans un projet de recherche piloté par Adrienne Sala (chercheure à l’IFRJ), qui fait l’objet d’une aide spécifique du CNRS et donnera lieu entre autres à la publication d’un numéro spécial de la revue Ebisu, à paraître en 2023.

Le 27 octobre 2021 aura lieu le cinquième webinaire de la série, intitulé « Des procès anti-nucléaire aux contentieux de la transition énergétique? Nature et évolution de la judiciarisation dans le secteur de l’énergie au Japon et en France », avec Magali Dreyfus (CNRS, Univ. de Lille), Iida Tetsunari (Institute for Sustainable Energy Policies), Kawai Hiroyuki (avocat), et Rémi Scoccimarro (Univ. Toulouse Jean-Jaurès).

Un appel à contributions pour le prochain webinaire du cycle est ouvert jusqu’au 5 octobre : ici

MFJ – Présentation de deux chercheurs
Raphaël Languillon-Aussel à la MFJ

Chercheur associé au département de géographie de l’Université de Genève, spécialiste en aménagement et urbanisme, Raphaël Languillon-Aussel s’intéresse aux relations entre les logiques d’urbanisation, les régimes politiques qui en assurent le cadre légal, et les dynamiques d’accumulations capitalistiques. Son projet de recherche à la MFJ intitulé « 1930-2025 : un siècle de grands événements urbains au Japon » se construit autour d’une problématique géohistorique interrogeant les modèles d’aménagement présents dans les grands événements urbains, ce qu’ils peuvent nous apprendre des régimes politiques qui les ont formalisés et ce qu’il en est resté dans les logiques et les cultures d’aménagement ultérieurs des métropoles japonaises. En parallèle de cette recherche, il dirige un numéro spécial sur numérique et espaces publics pour la revue internationale Articulo – Journal of Urban Research, et rédige deux ouvrages à paraître dans les prochaines années : un portant sur les asymptotes immobilières de la révolution numérique, et un autre plus géohistorique sur Tokyo, capitale olympique (1940-2021).

Dernier article publié : Le report des JO de Tokyo 2020 : des conflits d’aménagement à la crise sanitaire
Sébastien Lechevalier à la MFJ

Sébastien Lechevalier, premier directeur du GIS Asie de 2013 à 2017, passera l’année universitaire 2021-2022 au Japon. Économiste et directeur d’étude à l’EHESS, il mène une recherche sur l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi au Japon et en France. D’une part, il approfondit les études de l’impact de l’usage de l’Internet sur la satisfaction au travail dans les 2 pays, en mobilisant la base de données PIAAC, dans le cadre d’un projet coordonné par l’université Keio. D’autre part, il rédige un article intitulé « Digitalization, labor productivity dynamics, and labor discipline in Japan. A political economy approach », en collaboration avec Saori Shibata (Sheffield University). Il étudie tout particulièrement le recours au télétravail au Japon depuis le début de la pandémie.

Dernier article publié : Why do Redistributive Policies Differ across Countries? Analyzing the Multiple Dimensions of Preferences for Redistribution” (with R. Kambayashi)
Site web de la MFJ

Lettre du GIS Asie – mars 2021 – extrait – Patrimoine militaire dans la ville japonaise

Patrimoine militaire dans la ville japonaise : entre mémoire historique et symbole identitaire

par Delphine Vomscheid, post-doctorante JSPS à l’Université de Kyōto, chercheuse affiliée au laboratoire CRCAO (UMR 8155) et enseignante vacataire à l’ENSA de Lyon

Au Japon, le patrimoine architectural militaire occupe une place particulière dans le paysage urbain. D’un point de vue quantitatif tout d’abord, parce que l’on dénombre plusieurs milliers de sites archéologiques et historiques de châteaux répartis sur l’ensemble de l’archipel, de la simple ruine aux sites grandioses des donjons ceints de douves et de fortifications. D’un point de vue qualitatif également, car le pays compte cinq sites classés trésors nationaux, dont le château de Himeji qui est l’un des premiers biens culturels japonais à être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1993. D’un point de vue politique enfin, puisque depuis la fin du régime féodal des Tokugawa en 1867, les sites castraux ont joué des rôles divers, tantôt négligés pour leur désuétude, tantôt utilisés pour leur forte symbolique.

Aujourd’hui, les châteaux constituent des atouts de taille pour les villes : leurs conservation, valorisation et utilisation représentent des enjeux économiques et politiques majeurs.

Cet article propose une double lecture du patrimoine castral du Japon, sous l’angle de sa valeur de témoignage du passé mais également des enjeux patrimoniaux actuels qui lui sont associés, liés au tourisme et à la politique internationale.

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Copyright GIS Asie
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Asie Thèses : la base de données des thèses sur l’Asie du GIS

Asie Thèses : la base de données des thèses sur l’Asie consultable en ligne sur le site web du GIS

Asie Thèse est une base de données unique en son genre, car elle recense toutes les thèses sur l’Asie en sciences humaines et sociales soutenues en France depuis les années 1970.

Cette base, en ligne sur le site web du GIS Asie, est interrogeable par tous suivant différents critères de recherche. Contenant actuellement 8300 thèses, elle est incrémentée tous les six mois à partir de Theses.fr (catalogue qui ne propose pas de filtre « Asie ») et reste ainsi à jour en permanence.

Venez la tester et vérifier que votre thèse est bien répertoriée.
https://www.gis-reseau-asie.org/fr/theses

Lettre du GIS Asie – Novembre 2020 (extrait)

Article du mois
La politique de gestion de crise japonaise face à l’épidémie de Covid 19 : un équilibre délicat entre liberté et sécurité
par Adrienne Sala, chercheuse à l’Institut français de recherche sur le Japon à la Maison franco-japonaise, chercheuse associée à la Fondation France-Japon de l’EHESS et chercheuse invitée à l’université de Tokyo.

Malgré une exposition forte et précoce au virus SARS-Cov-2 et une double vulnérabilité structurelle (concentration élevée et vieillissement important de la population), le Japon est un des rares pays développés où, à l’issue de la première vague de contamination, le taux de mortalité était faible (le taux de mortalité des personnes hospitalisées est également très faible (7,5%)). Le 25 mai, lorsque l’état d’urgence est levé, on recense au total 846 morts et 16 706 cas cumulés. Rapporté à une population de 126 millions, avec 13 cas pour 100 000 hab. le Japon fait partie des bons élèves avec ses voisins asiatiques. En outre, l’archipel n’a eu recours ni à des mesures coercitives, ni au fichage intrusif de sa population. Depuis juillet, malgré une nette hausse des nouveaux cas, liée aussi à la plus grande capacité de test, le taux de mortalité reste faible.

Pourtant les analyses de la gestion de crise japonaise ne convergent pas toutes dans le même sens. Certains politistes sont plus critiques à l’égard de la lente réactivité du gouvernement central, de la lourdeur bureaucratique et du manque de transparence du processus décisionnel. La réactivité des gouverneurs locaux pendant la première vague semble néanmoins faire consensus. La complexité de l’analyse révèle en effet la diversité des enjeux plurisectoriels et multi-niveaux : enjeux sanitaires, économiques, sociaux, et politiques enchevêtrés au niveau local, national et global. Dans cet article, nous proposons de mettre en perspective les trois piliers sur lesquels s’appuie cette gestion de crise sanitaire : le système de santé, les enquêtes épidémiologiques et la responsabilité civique, dont l’articulation donne un aperçu de la politique de lutte contre la diffusion du virus axée sur la prévention. Cette mise en perspective permet de ne pas isoler la gestion de la crise actuelle en l’ancrant dans la continuité des crises précédentes. L’efficacité de la coordination entre les acteurs politiques, économiques et les citoyens est néanmoins mise à l’épreuve de la longue durée de l’épidémie et de ses conséquences socioéconomiques.

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Le renseignement japonais, par Grégoire Sastre

Extrait de l’article :

Le renseignement et les guerres secrètes se jouent dans des espaces hors la légalité et leurs contours demeurent flous, ce qui en fait un sujet difficile à traiter de manière objective et apaisée. Cela tient également, comme le souligne Alain Dewerpe, à la persistance, autour du renseignement, d’un imaginaire romanesque du secret, des complots, des manipulations et du mensonge, ainsi que d’une méfiance plus ou moins assumée pour ce qui était considéré comme les égouts de la politique. On y retrouve également la dichotomie entre la surveillance et la protection du public : il s’agit, d’un côté, de contrôler les populations et, de l’autre, de déjouer les menaces. Quand un lanceur d’alerte comme Edward Snowden met à jour un abus de pouvoir, les gouvernements en place, démocratiques ou non, mettent en avant la nécessité de se défendre sur le terrain de l’action clandestine, qu’elle soit physique ou non.

Au Japon, ces questions font l’objet d’intenses débats depuis la fin de la guerre du Pacifique. En décembre dernier, la décision denvoyer un navire et deux avions de reconnaissance des Forces dautodéfense (FAD) afin de mener une mission de renseignement dans le golfe dOman a ainsi ému lopinion : elle a été prise par le Cabinet sans être débattue ou votée par la Diète japonaise. Cette décision pose la question de l’usage des forces militaires japonaises, même pour une action non violente comme le renseignement, et du contrôle démocratique de cet usage dans l’évolution du droit japonais en lien avec les questions de défense. Nous allons dans un premier temps évoquer les récents changements de paradigmes du renseignement japonais et dans un second temps en montrer les racines historiques.

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https://www.gis-reseau-asie.org/fr/le-renseignement-japonais-une-problematique-actuelle-une-histoire-necessaire

Infos Japon du GIS Asie – octobre 2019

Jeu concours pour l’ICAS12 (Kyoto 2021)

Envoyez un texte de 250 mots sur le 7e Congrès Asie/ICAS11 à notre partenaire ICAS qui récompensera le meilleur texte par une exemption des frais d’inscription pour leur prochain congrès qui aura lieu en août 2021, à Kyoto.
Vos impressions sont à envoyer à l’adresse suivante :
icas11@iias.nl

Date limite d’envoi des propositions : 31 octobre 2019

Lancement du programme Exploration Japon

L’ambassade de France au Japon ouvre le programme « Exploration Japon » pour soutenir la mobilité des chercheur·e·s d’institutions françaises, désireux d’établir un premier contact avec des équipes de recherche japonaises afin d’initier de nouvelles collaborations scientifiques franco-japonaises. Tous les domaines scientifiques sont concernés.

Date limite de candidature : 25 octobre 2019.

Evénement
Le Centre Japon porteur de la 4e édition d’Emerging Fields

Atelier préparatoire : 17-18 octobre 2019

En 2017, l’Association for Asian Studies (AAS) a lancé une initiative pour renouveler les travaux sur l’Asie : Emerging Fields. Dans ce cadre, le Centre de recherches sur le Japon (UMR8173 CNRS/EHESS/Univ. Paris Diderot) a été appelé à piloter le projet intitulé Technology and Social Sciences en Asia. Il sera mené sur trois ans – 2019-2021 – et animé par Aleksandra Kobiljski (CNRS/EHESS) en collaboration avec Francesca Bray (Université d’Edinburgh).
L’atelier préparatoire aura lieu à l’EHESS les 17 et 18 octobre 2019. Il réunira des spécialistes de SHS travaillant sur les techniques en Asie pour discuter de la place du savoir-faire dans les sociétés asiatiques de l’antiquité à nos jours.

Contact :
Aleksandra Kobilijski (UMR8173 CCJ)

GIS : Lettre de Juillet – Août 2019 Le cas du philosophe japonais KUKI Shûzô

La philosophie au carrefour de l’individuel, du national et de l’universel. Le cas du philosophe japonais KUKI Shûzô (1888-1941)

par Simon Ebersolt, ATER à l’Inalco et co-responsable du Groupe d’étude de philosophie japonaise (IFRAE), spécialiste de philosophie et d’histoire intellectuelle japonaises. Sa thèse de doctorat soutenue en 2017 a été récompensée par la mention spéciale du Prix PSL-Humanités, le Prix Richelieu de la Chancellerie des Universités de Paris, le Prix Okamatsu de la Société française des études japonaises et le Prix Shibusawa-Claudel.

La philosophie japonaise moderne n’est ni une simple réception passive de la philosophie occidentale, ni un simple reflet exotique de traditions « spécifiquement japonaises » ou « orientales » exprimées au moyen de concepts occidentaux. Elle a plutôt été constituée par un dialogue constant et patient que des philosophes ont entretenu avec des communautés philosophiques concrètes, celles du Japon et de l’Europe. Étant donné les intenses échanges entre les philosophes japonais modernes et l’Europe philosophique, l’histoire de la philosophie japonaise est un domaine d’étude fécond qui vise un champ de tension entre d’une part, la prétention de la philosophie, notamment d’individus-philosophes, à l’universalité conceptuelle et, d’autre part, les contacts entre des communautés nationales auxquelles ces individus appartiennent et qui sont caractérisées par des langues et des histoires dynamiques. Il s’agit autrement dit d’un champ de tension entre individus, nations et universel.

De ce point de vue, le cas de Kuki Shûzô 九鬼周造 est passionnant. Ayant étudié au Japon à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, mais aussi en Europe pendant sept ans (1921-1928), il a évolué entre différentes communautés nationales (ses langues d’écriture, le japonais, l’allemand et le français, expriment sa dimension inter-nationale). Il a revendiqué une certaine spécificité japonaise dans La structure de l’iki (1930), mais aussi une universalité conceptuelle dans Le problème de la contingence (1935). Il ne s’est pas contenté d’assister à des cours de philosophes européens ou de dialoguer avec certains d’entre eux, notamment Bergson, Koyré, Sartre, Husserl et Heidegger (qui se remémorera ses souvenirs de Kuki dans « D’un entretien de la parole »). Kuku était également bien intégré dans le monde intellectuel européen. Il est intervenu en 1928 à la Décade de Pontigny, qui incarnait à l’époque une sorte de République des Lettres. Il a même publié la même année en français un recueil de ses interventions à Pontigny, les Propos sur le temps.

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Contact :
Céline Bénéjean, chargée de communication web : celine.benejean@cnrs.fr

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Cycle de conférences par Makihara Shigeyuki

cnrs.jpgEn mars, le Centre Chine, Corée, Japon (UMR, CNRS-EHESS) accueillera Makihara Shigeyuki, professeur d’histoire japonaise à l’Université de Tokyo, spécialiste de l’histoire sociale du Japon prémoderne, qui s’intéresse en particulier aux statuts des groupes et individus du début de la période prémoderne.

Un cycle de conférences est prévu à cette occasion :

Caractéristiques générales et diversité des villages japonais de la fin du XVIe siècle – Jeudi 8 mars 2018, de 13h30 à 14h20 à l’Université de Lille 3

La fabrique des ninja : à propos des généalogies de vassaux du shôgun – Vendredi 9 mars 2018, de 9h à 11h – EHESS (salle 8) – 105 bd Raspail, Paris 6e

Les quartiers pauvres d’Edo – Mardi 13 mars 2018, de 17h à 19h – EHESS (salle 4) – 105 bd Raspail, Paris 6eLes femmes commerçantes dans les villes de l’époque d’Edo – Jeudi 15 mars 2018, de 11h à 13h – EHESS (salle 11) – 105 bd Raspail, Paris 6e
Les femmes commerçantes dans les villes de l’époque d’Edo – Jeudi 15 mars 2018, de 11h à 13h – EHESS (salle 11) – 105 bd Raspail, Paris 6e

« Échanges avec » Yoshida Toru – conférences sur les politiques européennes et japonaises

En février, le Centre Chine Corée Japon (UMR8173, CNRS-EHESS) accueillera Yoshida Toru, professeur des sciences politiques à l’Université de Hokkaido dont les recherches portent sur les politiques européennes et japonaises dans une approche comparative, en particulier sur le leadership politique et les partis politiques.

Une rencontre, réservée aux jeunes chercheur.e.s et organisée par la Fondation France-Japon en partenariat avec le GIS, est également au programme. Elle aura lieu le 15 février 2018, de 10h à 12h à l’EHESS (participation sur inscription). Cette séance fait partie du séminaire « Échanges avec… » du GIS.
Durant son séjour à Paris, Yoshida Toru donnera également un cycle de conférences :

Les Alternances et le système partisan japonais après les années ’90. Le 14 février 2018, de 13h à 15h à l’EHESS (54, bd Raspail, Paris).

Comprendre les populismes : perspectives européennes et japonaises. Le 14 février 2018, de 17h à 19h à l’EHESS (54, bd Raspail, Paris).

La participation politique chez les jeunes au Japon : Transformation ou retrait? Le 20 février 2018, de 18h à 20h à l’EHESS (54, bd Raspail, Paris).

Contact :
Fondation France-Japon – ffj@ehess.fr

 

Extrait de la lettre du GIS-Réseau Asie et Pacifique, septembre 2017 : Les Aïnous

Les Aïnous, peuple aborigène du Japon, face aux défis de la reconstruction identitaire

par Lucien-Laurent Clercq, maître de conférences invité à l’université de Hokkaidô, département des Médias et de la Communication, docteur en anthropologie sociale et ethnologie (EHESS)

La population aborigène aïnoue s’élève aujourd’hui officiellement à environ 25 000 personnes (les données officieuses portent cependant ce chiffre à 250 000 individus), dans un archipel japonais comptant 127,3 millions d’habitants. La grande majorité de ses membres réside à Hokkaidô, la deuxième plus grande île du Japon, peuplée de 5 700 000 habitants et s’étendant sur 83 500 km² en incluant ses terres irrédentes, les fameux territoires du Nord réclamés à la Russie par le Japon (hoppô ryôdo, comprenant les quatre îles Kouriles les plus méridionales : Kounachir, Itouroup, Chikotan et l’archipel des îles Habomai). Il existe également une diaspora aïnoue dont les membres se sont installés dans les principales agglomérations urbaines à travers Honshû pour y chercher du travail et fuir une discrimination longtemps endémique (environ 10 000 personnes vivraient aujourd’hui dans l’agglomération de Tôkyô).

Jusqu’à son annexion par le gouvernement de Meiji en 1868, ce grand territoire septentrional était connu du nom d’Ezo-chi, la terre des Ezo, une région étrangère peuplée par de mystérieux sauvages, dont la pointe la plus au Sud clôturait la lointaine bordure du jeune régime politique moderne japonais. Les rapports entre les Shamo (terme vernaculaire désignant les Japonais) et les Autochtones peuplant cette vaste étendue, qui se nomment eux-mêmes « Ainu » (les hommes) par opposition aux Kamuy, les divinités animistes de leur panthéon, et appellent leur terre Ainu moshiri (la terre des hommes, qui incluait jadis le nord de Honshu, Hokkaidô, les îles Kouriles, Sakhaline et la pointe du Kamchatka), s’inscrivirent longtemps, du point de vue nippon, dans la logique du ka i chitsujo, un système hérité de la Chine ancienne, puis repensé afin de s’adapter au modèle insulaire. Il s’articulait autour d’un centre civilisé et de sa périphérie faite d’une multitude de peuples barbares, dont le degré de sauvagerie s’amplifiait avec l’éloignement. En se basant sur cette situation particulière, certains spécialistes de l’historiographie japonaise ont positionné les Aïnous au même niveau que d’autres ressortissants de pays étrangers, au premier rang desquels figuraient d’importants partenaires commerciaux comme la Corée ou le Royaume des Ryûkyû, eux aussi colonisés par le passé. Ainsi, dès le début des relations entre les deux ethnies, les gens d’Ezo, regroupés en tribus de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs, ne sont jamais apparus comme des membres du territoire national, même s’ils n’étaient pas non plus les ressortissants d’un pays tout à fait étranger, en raison de leur proximité géographique et de l’important négoce maritime qu’ils avaient institué entre plusieurs pays.

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