Publication de la traduction du « Journal de Saga », de Matsuo Bashō

Publication de la traduction de Journal de Saga, par Alain Walter, aux éditions William Blake & CO EDIT.
Titre original en japonais : 嵯峨日記 (Saga nikki)
Après cinq voyages à pied à travers le Japon qui lui ont inspiré autant de journaux poétiques, Bashô s’est arrêté. Il revient justement de son périple dans les provinces septentrionales. Pendant quelques mois, un disciple a mis à sa disposition l’Ermitage-d’Illusion qui surplombe le vaste lac Biwa. Puis, au début de l’été 1691, le maître de haikai s’installe pour dix-sept jours dans la Villa-où-Tombent-les-Kakis, non loin de Kyôto, à Saga, charmante bourgade, pleine de réminiscences littéraires. Au milieu de son verger de plaqueminiers, la chaumine est assez vermoulue avec des vestiges d’élégance — ce qui lui donne un charme pathétique — mais un citronnier la remplit de son parfum… C’est un temps de travail nourri de convivialité.

Tout en tenant le journal de son séjour, le maître de haikai peaufine ses Notes de l’Ermitage-d’Illusion, médite la relation de sa pérégrination dans le Nord-Est qui donnera L’Étroit Chemin du fond, et, avec les disciples qui le visitent ou lui écrivent, met au point le grand recueil de son école, Le Manteau de pluie du singe. Avec le Journal de Saga, nous entrons donc dans l’atelier du poète et de ses élèves, nous voyons s’esquisser une œuvre, une suite poétique à plusieurs.

En même temps, apparaît, par touches, par notations, Saga avec ses environs, une vie paisible entre temples et champs. Du lointain passé, remonte l’évocation de la dame Kogô qui s’était réfugiée dans une maisonnette au milieu des bambous où elle jouait de la cithare sous la lune… Les jours et les nuits se suivent, rythmés par les averses, les visites, l’insomnie… La villa se remplit d’ombres et d’échos entre les siècles, les personnes, les poèmes japonais et chinois : tout se répond et se répercute. Tant de choses aussi se déploient dans les silences du texte, dans ses interstices blancs… C’est la magie de ce journal où le poète ne se déplace pas autrement qu’à travers les souvenirs, les allusions.

Et puis voilà que le réveille en sanglots le rêve à un ami très cher, disparu l’année précédente. Et c’est là un ultime écho, infini, entre l’au-delà et l’ici-bas… Mais déjà, il faut partir. Le cœur serré, Bashô parcourt des yeux la villa, une dernière fois : la poésie survivra-t-elle au temps qui emporte tout ?…

A.W.

Alain Walter, japonologue et comparatiste littéraire, est l’auteur de plusieurs livres sur le Japon classique. Il donne ici un septième volume qui conclut la série des journaux poétiques de voyage et de séjour de Matsuo Bashô (1644-1694).

Publication de la traduction de « Notes de l’Ermitage-d’Illusion » de Matsuo Bashō

Traduction par Alain Walter, aux éditions William Blake & CO EDIT.
Titre original en japonais : 幻住庵記 (Genjū-an no ki)

Voilà un an que le maître de haikai Bashô (1644-1694) a terminé sa grande boucle dans le Nord-Est, à la relation de laquelle il travaille et qui donnera L’Étroit Chemin du fond. Il n’est pas retourné à Edo (actuel Tôkyô) et villégiature, ici et là, entre Kyôto et la rive sud de l’immense lac Biwa. C’est face à ce dernier panorama qu’en mai 1690, un disciple met à sa disposition l’Ermitage-d’Illusion, sur les hauteurs boisées, auprès d’un petit sanctuaire et d’une source, parmi les vocalises des oiseaux. Le poète y séjournera trois mois.

Le lieu l’enchante et suscite en lui impressions et méditations qu’il jette sur le papier en ce moment particulier de sa vie, quatre ans avant sa mort qu’il sent peut-être s’approcher. Dans l’année qui suivra, il aurait rédigé jusqu’à huit variantes de ce texte en prose, très élaboré, dont il veut faire un modèle de haibun (prose d’esprit haikai, c’est-à-dire lyrique et réaliste). Nous donnons la version publiée par l’auteur, mais nous l’accompagnons des deux autres la précédant qui ont été découvertes avec deux fragments initiaux. L’ensemble se complète parfaitement. Nous fournissons encore la postface où un disciple caractérise l’art du paysage dans ces Notes de l’Ermitage-d’Illusion.

Véritable journal de séjour, les Notes de l’Ermitage-d’Illusion constituent un superbe texte, aussi ample que dense et profond, devenu un classique des lettres japonaises. Bashô évoque ses pérégrinations, les sites traversés, sa fatigue, son bonheur de se reposer en contemplant, depuis son « fauteuil du singe », le grand lac ; en bavardant avec quelques rares visiteurs du cru. Il fait le point également sur sa vie, peut-être ratée, se questionne sur la fatalité de sa passion pour la poésie qui ne lui a laissé entreprendre rien d’autre, exprime ses doutes quant à ce qu’il a composé. L’ermitage, le voyage, l’écriture, tout n’est finalement qu’« illusion »… C’est la méditation bouddhiste et taoïste d’un homme que l’on devine malade, tentant de se fondre avec le « principe créateur de l’univers » (zôka), interrogeant avec sérénité et confiance, à travers « l’ombre de son ombre », le « Vide originel ».

Dans notre introduction, après nous être attaché à montrer l’influence sur Bashô des Notes de ma cabane de moine de Kamo no Chômei (1155 ?-1216), nous avons analysé de près l’élaboration du texte, de brouillons en variantes, et dégagé ses grandes problématiques, pour terminer par une comparaison assez poussée avec Thoreau, Rousseau et Pétrarque.

A.W.

Alain Walter, japonologue et comparatiste littéraire, est l’auteur de plusieurs livres sur le Japon classique. Il donne ici un sixième volume consacré à l’œuvre du poète Matsuo Bashô.