Couple femme française et homme japonais

Voici donc le récit de l’expérience d’une femme française mariée à un Japonais depuis 14 ans (en écho à l’article de Pascal).

Pour démarrer sur les soirées entre amis, je dois dire que j’ai expérimenté du côté français comme du côté japonais cette propension qu’ont certains hommes à exhiber leur conquête à leurs amis et entourage dans les premiers mois de leur rencontre. S’y rajoute coté japonais l’entourage professionnel, surtout les supérieurs avec qui j’ai dû dîner un nombre incalculable de fois. (Heureusement dans de très bons restaus japonais)
J’ai été petite amie de Français avant d’être épouse de Japonais et je connais l’ennui de certaines longues soirées, beuveries et repas interminables agrémentés de blagues lourdingues, soirées ou tout le monde parle en même temps.
Solidarité avec l’épouse japonaise qui supporte mal les soirées qui n’en finissent pas !!
«Nous sommes du genre file-nous un coussin on dort sur la moquette», Arghh !! pour moi c’est le cauchemar!!!

J’ai vu effectivement l’ennui de mon futur époux, l’absence de curiosité des autres convives à son égard, tout au plus l’intérêt d’une collègue (tu me le prêteras ?). Ou les gens qui vous sortent pour l’occasion tous les on-dit entendus sur les Japonais tels que «j’ai une copine qui travaille dans un hôtel qui m’a dit que les Japonais sont si et ça…» (évidemment toujours cons). Indifférence ou impolitesse au choix… Côté japonais, j’ai ressenti cette même indifférence à mon égard (ou extrême timidité ?) au cours de mes deux séjours au Japon (je sais, trop courts pour juger) sans la grossièreté.
Mais j’ai été étonnée de découvrir que les personnes âgées étaient beaucoup plus cool et engageantes que les personnes de mon âge.
Bon, ça c’est des expériences que je ne peux vérifier sur la durée.
Avec le temps nous avons fait un choix, chacun ses activités et ses sorties entre amis.
Nous nous retrouvons autour des enfants ou avec certains amis «spécial couple»
Je ne savais pas que les femmes japonaises dormaient avec leurs enfants avant de lire l’article de Pascal. En fait, quand on fait le choix d’allaiter ses enfants comme je l’ai fait c’est la solution la plus simple.
Au début de mon couple, combien d’oiseaux de malheur sont venus nous prédire l’échec à petits mots assassins!
La vie n’est pas facile tous les jours, la crise de la quarantaine, l’amour romantique transformé par le quotidien… Lot de tous les couples.
Par contre, le déracinement de l’époux, les difficultés dues à la non maîtrise de la langue restent un point particulier, une fragilité en plus.
Patience et compréhension sont les clefs de la durabilité du couple.
Comme je suis en pleine lecture du livre d’Anna Gavalda «Ensemble, c’est tout»
, citation: «Ce qui nous sépare ce n’est pas nos différences, c’est notre connerie»
Pour nuancer, je dirai que ce qui nous sépare c’est notre orgueil, notre amour propre, notre manque d’humour, notre difficulté à aimer inconditionnellement.
Et ceci dans les deux camps, homme et femme.
J’ai déjà entendu: vous êtes l’exception qui confirme la règle.
Il est possible que je me soit japonisée et que lui se soit francisé (à tel point maintenant qu’il ne peut conduire sans jurer et s’énerver comme un vrai parigot, ça c’est un point fort regrettable!). C’est, à mon avis, l’alchimie de la vie en couple, on finit par se ressembler…

Pour résumer encore, quand on rencontre quelqu’un, on est plein de ses à prioris, idées préconçues, projections. Le travail du couple c’est d’aller à la découverte de l’individu, celui qui existe derrière son éducation, sa culture. Son intimité dont parfois lui-même n’a pas conscience. C’est un travail dans la durée qui induit certaines transformations douloureuses mais salutaires.
Toutes mes excuses pour ce texte en escaliers à prendre comme modeste témoignage d’une épouse française d’homme japonais…

Publié par

bcg

Au Japon depuis 1982. Traducteur et interprète.