SEJT : Réunion du 19 décembre 2003

Voici la présentation de l’intervention de Monsieur Sugisaki, professeur d’histoire de la France médiévale à l’Université de Chûô, qui viendra nous parler de l’image des revenants dans les cultures japonaise et française le vendredi 19 décembre, à 19h, en salle 601 de la Maison franco-japonaise. Nous vous attendons tous nombreux pour venir écouter cette réflexion inédite d’un éminent spécialiste japonais du Moyen-Âge.
À très bientôt,

Franck Michelin, secrétaire de la SEJT

Les morts et les vivants dans les sociétés pré-modernes : une comparaison entre la France et le Japon des récits relatifs aux âmes et aux revenants
par SUGISAKI Taiichirô, professeur à l’Université de Chûô

Avant l’époque moderne, les Français, aussi bien que les Japonais, croyaient en masse à l’existence de l’Au-delà et à la possibilité de communiquer avec les morts. Mais la mentalité et l’attitude à l’égard des morts et de l’Au-delà varient selon les périodes et les cultures. Les peuples de l’Antiquité, vénérant et redoutant leurs ancêtres, procédaient à des funérailles imposantes afin que les morts protègent et épargnent les vivants. Par la suite, l’introduction de religions aux riches contenus philosophiques (telles que le christianisme et le bouddhisme) et l’établissement de régimes basés sur l’autorité religieuse (comme les seigneurs médiévaux français ou la Cour de l’Empereur japonais) ont engendré de nouvelles visions des morts. Nous tenterons donc de mieux comprendre les similitudes et les différences de pensées et de mentalités entre les peuples français et japonais par l’analyse des sources écrites concernant les morts dans les deux cultures.
Dans la France médiévale, avec le développement des cultes chrétiens pour les défunts, la crainte et la croyance originelle dans les revenants a été christianisée et apprivoisée. Les phénomènes d’apparition des morts ont été réécrits dans le cadre de la théologie catholique, et les revenants sont devenus des acteurs aux paroles fixées par l’Église. Ils étaient censés revenir au monde avec la permission de Dieu pour exposer les théories religieuses sur le salut des morts. Mais malgré l’effort ecclésiastique, la croyance primitive ne s’est pas effacée de la mentalité populaire. Ainsi, avec la sécularisation de la société et la vulgarisation des prêcheurs, les revenants de la culture populaire ont été progressivement tolérés par le clergé catholique.
Au Japon, il n’est jamais arrivé qu’une seule religion domine la société ou qu’un seul dogme monopolise la pensée du pays. En conséquence, contrairement au cas français, les croyances primitives concernant la peur des morts se sont mélangées aux diverses religions d’origine étrangère et ont formé, pour ainsi dire, une nouvelle religion ritualisée qui a exercé une forte influence sur la société et la culture. Des fêtes ont été alors célébrées en l’honneur des âmes mortes nobles (onryô) et de nombreux temples ont été construits un peu partout pour apaiser leur colère. Progressivement, la nature des âmes mortes s’est vulgarisée et beaucoup de légendes sur les revenants (yôrei) ont vu le jour. Ces revenants, à l’apparence faible et au caractère mélancolique, ont manifesté aux vivants le ressentiment propre à la mentalité japonaise, l’urami.

Publié par

Christian Bouthier

Au Japon depuis 1982. Traducteur et interprète.

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