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Université Municipale de Tôkyô
(Tokyo Metropolitan University)
Faculté des Lettres et Sciences Humaines

Protestation solennelle


Le 1er août 2003, la Municipalité de Tôkyô, rayant d’un trait de plume les accords préalablement conclus avec les quatre établissements d’enseignement supérieur qui dépendent d’elle, a présenté unilatéralement un plan de suppression desdits établissements, qui devront être remplacés par une «nouvelle» université. Depuis cette date, les représentants du corps enseignant sont exclus de toute participation au projet et privés de toute information, cependant que la Municipalité entend imposer à marche forcée son propre plan, dont l’application est prévue pour avril 2005.

Tenant à manifester notre profonde inquiétude et notre indignation quant à de tels procédés, par lesquels la Municipalité outrepasse les limites assignées à ses fonctions, viole la Constitution et se met hors-la-loi, nous, membres du corps enseignant de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Municipale de Tôkyô, prenons à témoin l’opinion publique pour élever une protestation solennelle. Cette protestation tient en 6 points:

1. La Municipalité de Tôkyô, sans annonce préablable et sans justification d’aucune sorte, a unilatéralement décidé de considérer comme nul et non avenu le travail de concertation et de coopération patiemment accompli par les représentants du corps enseignant et les membres de la Section Municipale des Affaires Universitaires sur la base des directives présentées en 2001 - travail qui, à la date du 1er août, avait été presque totalement mené à terme.

2. Le nouveau «plan» qu’on prétend nous imposer a été élaboré par un comité extérieur dont la composition a été tenue secrète, comme est restée secrète la teneur même de ses débats et sans qu’aucune information ait été communiquée, non seulement à notre université, mais encore au peuple de Tôkyô et à ses représentants légitimes. Malgré les questions posées par l’Université, aucune explication cohérente n’a été donnée, ni sur la justification ou la nécessité d’un tel plan ni sur l’annulation du plan qui existait précédemment.

3. Le Président de notre université a été exclu du Comité de Préparation visant à la concrétisation du projet sur le plan pédagogique, et les enseignants admis à titre individuel dans ce Comité ont été non seulement contraints de promettre le silence sur le contenu des délibérations, mais encore sommés, préalablement à toute participation au «débat», de donner un blanc-seing à la Municipalité, quoi qu’elle pût décider.

4. Le nombre des enseignants de Lettres et de Sciences Humaines, qui, dans le projet initialement approuvé par tous, devait déjà subir d’importantes réductions, serait,, dans le «plan» qu’on veut nous imposer, réduit de manière si drastique, que de nombreux enseignements se verraient purement et simplement menacés dans leur existence même, et certains de nos professeurs les plus compétents et les plus expérimentés réduits à jouer les utilités et mis tout bonnement dans l’incapacité de continuer à diriger des recherches, qui seraient de ce fait arbitrairement interrompues. Nos étudiants - ceux du cycle supérieur en particulier- éprouvent de légitimes inquiétudes quant à la possibilité - qui est pourtant leur droit- de poursuivre leurs études: mais jamais jusqu’à présent la Municipalité n’a donné d’explication claire et franche sur cette question.

5. S’il est vrai que, s’agissant des Lettres et Sciences Humaines, de nombreuses disciplines jouent un rôle essentiel dans l’enseignement de base dispensé en premier cycle, les conditions imposées par la Mairie tendent souvent à provoquer la disparition pure et simple de ces disciplines: de ce fait, dans l’université qu’on nous prépare, il n’y aura pratiquement plus d’enseignement de base à proprement parler. Interrogée sur ces questions qui nous préoccupent, la Mairie se garde bien de répondre clairement. La disparition programmée des enseignements de langues étrangères, qui perdront leur caractère obligatoire, portera un coup fatal à la nature même de notre établissement, et ce malgré tous les beaux discours qu’on nous tient sur l’«internationalisation» du Japon et l’importance de la culture générale.

6. Nous savons gré à l’opinion de l’appréciation qu’elle apporte à nos efforts de constitution et de diffusion du savoir à tous niveaux. Or, dans le cas de nombreuses disciplines, le projet qu’on veut nous imposer risque d’effacer brutalement les acquis d’une longue tradition d’enseignement et de recherche, et de faire disparaître ce qui est, au Japon, un des hauts-lieux de l’édification et de la propagation des savoirs en Lettres et Sciences Humaines.

le 25 septembre 2003,

Faculté des Lettres et Sciences Humaines,
Université Municipale de Tôkyô
1-1 Minami Ôsawa Hachiôji-shi Tôkyô 192-0397
Japon

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