Extrait de la lettre du GIS-Réseau Asie et Pacifique, septembre 2017 : Les Aïnous

Les Aïnous, peuple aborigène du Japon, face aux défis de la reconstruction identitaire

par Lucien-Laurent Clercq, maître de conférences invité à l’université de Hokkaidô, département des Médias et de la Communication, docteur en anthropologie sociale et ethnologie (EHESS)

La population aborigène aïnoue s’élève aujourd’hui officiellement à environ 25 000 personnes (les données officieuses portent cependant ce chiffre à 250 000 individus), dans un archipel japonais comptant 127,3 millions d’habitants. La grande majorité de ses membres réside à Hokkaidô, la deuxième plus grande île du Japon, peuplée de 5 700 000 habitants et s’étendant sur 83 500 km² en incluant ses terres irrédentes, les fameux territoires du Nord réclamés à la Russie par le Japon (hoppô ryôdo, comprenant les quatre îles Kouriles les plus méridionales : Kounachir, Itouroup, Chikotan et l’archipel des îles Habomai). Il existe également une diaspora aïnoue dont les membres se sont installés dans les principales agglomérations urbaines à travers Honshû pour y chercher du travail et fuir une discrimination longtemps endémique (environ 10 000 personnes vivraient aujourd’hui dans l’agglomération de Tôkyô).

Jusqu’à son annexion par le gouvernement de Meiji en 1868, ce grand territoire septentrional était connu du nom d’Ezo-chi, la terre des Ezo, une région étrangère peuplée par de mystérieux sauvages, dont la pointe la plus au Sud clôturait la lointaine bordure du jeune régime politique moderne japonais. Les rapports entre les Shamo (terme vernaculaire désignant les Japonais) et les Autochtones peuplant cette vaste étendue, qui se nomment eux-mêmes « Ainu » (les hommes) par opposition aux Kamuy, les divinités animistes de leur panthéon, et appellent leur terre Ainu moshiri (la terre des hommes, qui incluait jadis le nord de Honshu, Hokkaidô, les îles Kouriles, Sakhaline et la pointe du Kamchatka), s’inscrivirent longtemps, du point de vue nippon, dans la logique du ka i chitsujo, un système hérité de la Chine ancienne, puis repensé afin de s’adapter au modèle insulaire. Il s’articulait autour d’un centre civilisé et de sa périphérie faite d’une multitude de peuples barbares, dont le degré de sauvagerie s’amplifiait avec l’éloignement. En se basant sur cette situation particulière, certains spécialistes de l’historiographie japonaise ont positionné les Aïnous au même niveau que d’autres ressortissants de pays étrangers, au premier rang desquels figuraient d’importants partenaires commerciaux comme la Corée ou le Royaume des Ryûkyû, eux aussi colonisés par le passé. Ainsi, dès le début des relations entre les deux ethnies, les gens d’Ezo, regroupés en tribus de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs, ne sont jamais apparus comme des membres du territoire national, même s’ils n’étaient pas non plus les ressortissants d’un pays tout à fait étranger, en raison de leur proximité géographique et de l’important négoce maritime qu’ils avaient institué entre plusieurs pays.

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Les Japonais au Tibet au début du 20e siècle par Corinne Atlan

Article présenté dans la Lettre du GIS-Réseau Asie et Pacifique de Mai 2016. Voir l’article sur le site

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Intronisé à l’âge de trois ans en 1879, le XIIIe Dalaï-lama, surnommé par la suite « Le Grand Treizième », restera jusqu’à sa mort en 1933 le chef temporel et spirituel du Tibet. Soucieux de faire respecter les frontières et préserver l’indépendance d’un territoire qui représente un enjeu commercial et stratégique pour les Britanniques et les Mandchous, puis à partir de 1912 pour la jeune république de Chine, il fera son possible pour moderniser son pays et le doter d’une armée digne de ce nom.
Dirigé par une oligarchie bouddhiste et fermé aux étrangers, le Tibet attire aussi aventuriers, espions, explorateurs, missionnaires, qui n’ont de cesse de pénétrer dans ce pays interdit. Les Japonais – physiquement moins repérables que les occidentaux – seront les premiers à y entrer, souvent sans grande préparation, et à titre purement individuel, car le gouvernement de Meiji, occupé par le contrôle de la Corée et la conquête de Formose (1895) puis la guerre avec la Russie (1904-1905), ne manifeste aucun intérêt pour le « Toit du monde ». Les Anglais, eux, cartographient méthodiquement le pays en y envoyant des espions originaires des marches de l’empire britannique des Indes. Ils préparent ainsi l’expédition Younghusband qui, après avoir massacré en chemin la petite armée tibétaine (en décembre 1903, trois batailles décisives – mitrailleuses contre épées vétustes – feront 1 000 morts tibétains soit un tiers des effectifs, contre des pertes britanniques minimes) entrera en 1904 à Lhassa, exigeant la signature d’accords commerciaux et contraignant le Dalaï-Lama à l’exil – une manière forte que les Mandchous s’empresseront d’imiter en 1909.
Les premiers visiteurs japonais, Nomi Kan et Kawaguchi Ekai n’ont, eux, aucun objectif militaire. Tous deux ont eu pour maître Nanjo Bunyu (1849-1927), pionnier des études bouddhiques japonaises et ancien élève de l’orientaliste Max Müller en Angleterre dans les années 1870. Sans se connaître, ces deux moines bouddhistes animés d’une foi fervente entreprennent dès 1899 un voyage vers le Tibet interdit, l’un à partir de la Chine, l’autre à partir du Népal, dans le but d’en rapporter d’anciens soûtras tibétains.

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Corinne Atlan
Traductrice de littérature japonaise, romancière, essayiste et conférencière

L’Âme japonaise : essai de psychologie analytique transculturelle (suite)

Jean-Claude Jugon publie en pdf téléchargeable gratuitement une suite à l’ouvrage L’ÂME JAPONAISE, Essai de psychologie analytique transculturelle publié aux éditions L’Harmattan et que nous avions présenté ici :
http://www.france-japon.net/2015/05/12/lame-japonaise-essai-de-psychologie-analytique-transculturelle/

Pour visionner et/ou télécharger le document pdf CLIQUEZ ICI.

Pour voir le site des éditions L’Harmattan, cliquez ici.

SEJT : séminaire du vendredi 4 juin 2010

La Société des Etudes japonaises de Tokyo (SEJT) invite les chercheurs francophones (étudiants, doctorants, post-doctorants…) à son séminaire du vendredi 4 juin 2010 qui se tiendra de 18 h à 20 h à la Maison franco-japonaise (Ebisu), salle 601 (plan accès : http://www.mfj.gr.jp/acces/ ). L’entrée est libre, sous réserve des places disponibles.
Les deux thèmes abordés lors de ce séminaire porteront sur la religion shintô et le cinéma chinois.
Arnaud Sarniguet (doctorant d’ethnologie à l’université Paris X – et de l’Ecole doctorale d’étude des religions à l’université Kokugakuin) présentera ses recherches sur le « Shinji shumei-kai, nouveau mouvement religieux du spiritisme shintô ».
En 2ème partie, Vanessa Frangville (Chercheuse rattachée à l’Université de Lyon – Jean Moulin; affiliée au Centre for Asian Area Studies de l’Université Rikkyo de Tokyo et associée à la Maison franco-japonaise de Tokyo) exposera ses travaux sur « La « minorité ethnique » dans le cinéma chinois contemporain : espace de transgression ou objet de consommation? »
L’inscription à ce séminaire, l’envoi du programme ou les autres demandes de renseignements sont à adresser à : [email protected] .