Ce dont Obama ne s’est pas vanté

En relisant les « Contes des provinces » de Ihara Saikaku (traduction de René Sieffert, éd. POF), je redécouvre « Les voies obscures d’un cours d’eau souterrain » dont voici un extrait du début. (Un court compte rendu de lecture du livre sera prochainement publié sur la page d’accueil du portail de france-japon.net).
En un lieu dit Obama, dans la province de Wakasa, un homme qui faisait commerce de fil pour les filets dont usent les pêcheurs, vivait dans l’aisance. Appelé Echigoya no Densuké, il était honorablement connu dans ce port. Il avait une servante louée à l’année, qui avait nom Hisa et qui, pour une personne des provinces du Nおrd, était assez accorte. Nombreux étaient les hommes qui la recherchaient, et l’un d’entre eux, un certain Kôya no Shôkichi, qui venait colporter les marchandises de la capitale, avait noué avec elle des relations suivies; il finit donc par s’établir à demeure dans ce village écarté et, des années durant, sans avoir d’épouse attitrée, il rencontra en secret cette Hisa, avec qui il avait échangé des promesses pour l’avenir, quand la femme du patron découvrit l’affaire et réprimanda grossièrement la servante…

Non seulement elle la réprimande, mais ce qui se passe ensuite est même assez violent… Voici donc les personnages présentés et le décor planté pour une histoire dramatique et fantastique dont nous vous laissons découvrir la suite…

Pourquoi parler de ce conte aujourd’hui? Eh bien, tout simplement parce que cela m’a remis en mémoire tout le battage médiatique dont la ville d’Obama a fait l’objet pendant la campagne électorale pour les élections présidentielles des États-Unis. Le candidat comme la ville du même nom avaient su en tirer parti pour s’assurer une promotion bien étonnante. Comme quoi, on fait flèche de tout bois à notre époque de sur-médiatisation de la vie politique.
Cette histoire s’inscrit dans la tradition japonaise des contes fantastiques et des histoires de fantômes et la ville pourrait s’énorgueillir d’avoir été choisie pour cadre par un auteur aussi prestigieux que Saikaku, l’un de mes préférés. Un argument promotionnel de plus!

Page en français sur Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Obama_%28Japon%29

5 réflexions au sujet de « Ce dont Obama ne s’est pas vanté »

  1. Bonjour
    J’aime l’étrange et pour moi le Japon en est le parangon.
    Étrange Japon, étranges japonais capables du sublime et du pire. Seul peuple au monde laissant cohabiter pacifiquement deux religions en les ayant adoptées toutes les deux.
    Je suis un jeune écrivain de 65 floraisons de cerisiers. J’essaye de promouvoir mes écrits: « Étranges nouvelles » à travers mon site: À l’étrange Pierre taillée.
    Venez me visiter en toute fraternité…….

  2. Coincidence amusante, une des grandes fetes de la ville d’Obama, la fete des Baguettes, Hashi Matsuri 箸まつり a lieu le 4 aout (HA-8 SHI-4), jour de l’anniversaire de Barack Obama! Les baguettes sont la specialite artisanale de cette ville.

  3. A l’auteur de ce blog: vous dites « Le candidat comme la ville éponyme »… Je crois que vous confondez « éponyme » avec « homonyme », la ville d’Obama n’ayant en aucune façon donné son nom au président américain. Attention de ne pas écrire au petit bonheur la chance. Merci.

    A Jeanmi dont la signature me semble un peu maçonnique et qui écrit « étranges japonais capables du sublime et du pire. ». Je dois dire que si le pire est indéniable au Japon, le sublime je le cherche toujours. Quant aux deux religions qui selon vous cohabitent pacifiquement, elles ne l’ont pas toujours fait (il y a même eu d’importants sacages de temples à la Restauration de Meïji, évènements tragiques peu connus) et même, peut-on se demander si elles cohabitent par tolérance mutuelle, ou plus prosaïquement parce-que beaucoup de Japonais ne croient en rien en réalité ?

  4. @ Thomas. Oui, vous avez parfaitement raison pour éponyme. Je corrige dans le texte!
    Merci beaucoup de votre remarque. En fait, je connaissais bien l’utilisation du mot mais j’ai dû avoir un moment d’inattention. Il m’arrive en effet d’écrire assez tard le soir.
    Par contre, je trouve votre remarque « au petit bonheur la chance » un peu déplacée et surtout inutile. Mais enfin, vous avez le droit de vous exprimer comme vous voulez.

    Définition du dictionnaire Antidote :
    éponyme :
    1. [ANTIQUITÉ] Celui des archontes qui donnait son nom à l’année.
    2. Rôle-titre d’une pièce, d’un film.
    3. [LINGUISTIQUE] Mot de la langue (nom commun, adjectif, verbe, locution, etc.) qui est composé ou dérivé d’un nom propre (ex. : sandwich, hertzien, pasteurisation, trompe d’Eustache)
    On trouvera, bien entendu, d’autres définitions un peu différentes dans d’autres dictionnaires. Il est aussi intéressant de comparer les mots « homonyme » et « homophone ».

    Quant à votre commentaire sur la cohabitation des religions elle est également très pertinente du point de vue historique.
    Je pense pour ma part que les religions sont un des ciments de la société japonaise, que les Japonais y croient ou pas, et d’ailleurs gardons-nous de généraliser quant aux croyances des uns et des autres. Les organisations religieuses représentent aussi un pouvoir important sur le plan financier. Elles possèdent des sommes d’argent colossales utilisées de manières très variées, entre autres pour assurer leur pérennité, certaines pour soutenir des partis politiques, etc.

    Message modifié à 10h35 ce même jour.

  5. C’est vrai que les courants religieux au Japon peuvent n’être parfois que des mécanismes conçus de toute pièce pour l’évasion fiscale, voire le blanchiment. Ce phénomène avait été décrié dans un film d’Itami Juzo, Marusa no onna (1 ou 2, j’ai oublié) ce qui n’avait pas rapporté que des amis à ce réalisateur courageux. Plus récemment, une secte a été démantelée après une bonne trentaine d’années d’activité car elle n’était en réalité que le préte-nom d’une chaîne d’hôtels de passes (love hotels).

Laisser un commentaire