Entretien avec Alain Walter, traducteur de « Oku no hosomichi » de Bashô

Voici aujourd’hui un entretien avec Alain Walter qui vient de publier une traduction de Oku no hosomichi, l’Étroit Chemin du fond, le célèbre journal poétique écrit par Bashô au cours de ses voyages à travers le Japon. Cette vidéo sera bientôt suivie d’une deuxième ainsi que d’un compte rendu de lecture. Alain Walter nous fait part de sa passion et du cheminement de sa pensée qui l’ont amené à plusieurs reprises au Japon et à la poésie japonaise. Nul doute qu’après avoir visionné cette vidéo vous aurez envie de découvrir Bashô, considéré comme le plus grand maître de haiku de tous les temps.

Interview d’Alain Walter, traducteur de « Oku no hosomichi » (1) from France-Japon.net on Vimeo.
La traduction d’Alain Walter est accompagnée d’un important appareil de notes et commentaires, indispensable pour saisir les allusions historiques et littéraires, les citations déguisées, les références culturelles, et qui permettra aux débutants en langue et littérature japonaises de mieux apprécier ces poésies. De plus, le texte original est présenté en regard de la traduction, favorisant ainsi la découverte dans le texte pour les amateurs plus aguerris en japonais.
Matsuo Bashô (1644-1694) est resté un des poètes les plus chers au cœur des Japonais qui tous peuvent réciter au moins un de ses tercets ou hokku (que l’on appellera haiku par la suite). Ce fils et frère de samouraï quitta très tôt le service des armes pour se consacrer à l’étude des littératures classiques du Japon et de la Chine et à la pratique du haikai, poésie enchaînée collective très populaire en son temps. Bien vite, il fit entendre une tonalité, un style, un esprit spécifiques, et créa son école appelée le shômon. Bashô, tout en conservant les sujets réalistes, le langage quotidien et l’humour du haikai, y tranfuse l’exigence esthétique et la sensibilité de la poésie classique (waka, renga). Sa manière se caractérise notamment par son attention aux petites choses de la vie et à la profondeur qu’elles recèlent.
Le poète consacra les dix dernières années de sa vie à voyager à travers le Japon pour donner des leçons, établir des cercles de disciples, mais aussi pour renouveler son inspiration et poursuivre sans concession la vérité du monde. Le voyage devint dès lors un pèlerinage et une ascèse mystique. De ces pérégrinations, Bashô tira plusieurs journaux poétiques dont le plus célèbre est L’Etroit Chemin du fond où il consigne et met en œuvre l’essentiel d’un périple à pied de cinq mois dans le nord du Japon, de temples en sanctuaires, de sites géographiques en lieux marqués par les tragédies de l’histoire, à travers un paysage sauvage, montagneux ou marin. Voyage au fin fond du pays, voyage au fond des choses et des êtres, vers le fond de la parole : quête à la fois physique et langagière du Sens et de la Réalité ultime.

Références des livres :
Présentation de BASHÔ, Oku no hoso-michi/ L’Etroit Chemin du fond, texte bilingue, Introduction, traduction, notes et commentaires par Alain WALTER, William Blake & Co. Edit. , 2007, 267 pages
ISBN : 978-2-84103-163-4 / EAN: 9782841031634
Prix : 30 €
Alain Walter est professeur de littérature comparée et enseigne la littérature japonaise classique à l’Université Michel-de-Montaigne-Bordeaux III. Il est auteur de plusieurs livres et essais sur le Japon et la littérature japonaise, notamment Érotique du Japon classique , éd. Gallimard et L’Extrême chemin, éd. Picquier.
Nous avions présenté l’Extrême Chemin peu après sa parution en 2003 ICI.
Pour lire le résumé du livre, cliquez sur « lire la suite ».

Cet excellent roman historique, qui se situe dans le Japon du XVIIème siècle, nous introduit au coeur du conflit philosophique et politique qui opposa les missionnaires jésuites aux penseurs bouddhistes et confucéens de l’époque d’Edo. Trois destins sont racontés : celui d’un couple d’adultères fugitifs ; celui d’un jésuite espagnol d’origine juive ; celui d’un poète vagabondant à travers son pays. Chacun suit son « chemin » jusqu’au point le plus « extrême ». A un certain moment, au hasard d’une auberge, ils se rencontrent, se devinent, puis repartent vers leurs accomplissements respectifs. Ces trois cheminements ne sont donc pas juxtaposés, mais au contraire se tissent les uns aux autres, s’éclairant ainsi réciproquement. Passion opaque et rythme de cape et d’épée alternent avec la présence essentielle et évanescente du monde recueillie par le poète pèlerin, avec l’âpreté des dialogues et polémiques philosophiques. Plus particulièrement, le romancier s’est attaché à représenter avec précision la controverse philosophique entre christianisme d’une part, bouddhisme et confucianisme d’autre part; l’enjeu politique de la mission jésuite, ses implications contradictoires dans un pays qui, au terme d’un siècle de guerres civiles, accédait à un régime militaire hégémonique, absolutiste, préparant le Japon moderne. Il s’agit donc d’un « roman historique » très documenté, écrit aussi de l’intérieur, à partir de la connaissance que l’auteur a de la littérature classique japonaise, mais d’abord de son expérience intime du Japon, de ses paysages, de ses habitants.

Publié par

bcg

Au Japon depuis 1982. Traducteur et interprète.

3 réflexions au sujet de « Entretien avec Alain Walter, traducteur de « Oku no hosomichi » de Bashô »

  1. Décidément passionnant cet Alain Walter. Je pense que je vais me replonger dans Bashô avec grand plaisir !

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