Les Japonais en France

Qui n’a pas l’image d’un japonais, 2 ou 3 appareils photo autour du cou, photographiant tout ce qui se trouve à portée d’objectif, quelque part sur un site touristique en France ou ailleurs. Ce stéréotype est loin d’être le seul à l’égard des ressortissants nippons.
En faisant l’effort de creuser un peu, on s’aperçoit vite que les japonais ne sont pas forcément austères, formels, pressés, photographes amateurs, froids et distants mais que derrière cette façade se cachent des personnes cultivées, sensibles, passionnées et s’intéressant énormément à la France et à sa culture.

Ces touristes, que l’on n’est plus surpris de voir tant ils sont nombreux chaque année sur notre sol (environ 650 000 en 2003) ne sont pas les seuls représentants de l’archipel nippon en France. Il existe également une communauté installée ici pour une durée plus ou moins longue, composée d’individus issus de divers milieux et de différentes régions du Japon ; résidant en France pour des raisons pouvant être aussi bien professionnelles, sentimentales qu’intellectuelles.
Historiquement, pour voir des japonais entrer en France pour la première fois, il faut remonter aux environs de 1858, année de la signature du traité de paix, d’amitié, et de commerce entre notre pays et l’archipel. Les premières installations sont surtout celles de militaires, de diplomates et d’intellectuels. On dénombre environ 300 étudiants japonais à Paris en 1870. Dans les années 1920 – 1930, bon nombre d’artistes comme le peintre Fujita et le poète Mitsuharu Kaneko s’installent dans le quartier de Montparnasse. Ces ressortissants quitteront presque tous la France durant la Seconde Guerre Mondiale. Il faudra attendre les années 50 pour voir des japonais revenir sur notre sol.
Ils sont aujourd’hui environ 25 000 à vivre en France, dont les ¾ sont installés en Ile-de-France. La plupart de ces ressortissants sont de passage et ne restent guère plus de 3 ans. Seul 25 % d’entre eux s’installent définitivement ici. Contrairement à d’autres peuples, les nippons ne viennent pas dans notre pays pour des raisons économiques, leur pays étant plus riche que le notre. Les japonais viennent surtout pour des raisons culturelles, ce qui explique la forte proportion d’étudiants, de professeurs et de chercheurs au sein de cette communauté. En effet, pour les japonais Paris reste une cité mythique et un lieu de passage obligé pour tous ceux qui veulent approcher la culture. A cet part d’intellectuels et d’artistes, venus à Paris par choix et recherchant un certain niveau d’intégration dans la société française, s’oppose une population de salariés se retrouvant en France par obligation. Ces derniers, expatriés dans notre pays par des entreprises japonaises, cherchent plus à préserver leur identité japonaise en réduisant au maximum leurs relations avec la culture française. Il existe d’ailleurs tout un réseau de restaurants, de librairies, d’épiceries et d’associations (que l’on retrouve principalement aux abords de l’Opéra), leur permettant un moindre dépaysement, et permettant de même un accès à la culture japonaise pour quiconque s’y intéresse.
Engouement récent pour l’Extrême Orient et présence nippone sur le territoire français amènent un nombre croissant de nos compatriotes à se passionner pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’Asie et en particulier au Japon. On ne compte plus aujourd’hui les boutiques de futons et de décoration japonaise dans la capitale, sans parler de l’arrivée massive depuis une dizaine d’année de restaurants de sushis, makis et yakitori.
Cet intérêt grandissant des français pour la culture nippone est une réalité, mais nombreux sont encore les idées reçues et les stéréotypes. Les japonais disent effectivement trouver regrettable le manque de connaissances des français sur leur culture.
Qu’ils se rassurent car les choses sont en train de changer grâce aux divers centres franco-japonais ayant ouvert leurs porte dans le but de promouvoir la culture nippone en France par le biais d’expositions, spectacles et autres manifestations culturelles souvent gratuites. Associés ou non à ces centres, il existe aussi différentes publications, comme le magazine trimestriel Minimix édité par l’association Asia Mix Culture et distribué à Paris et Tokyo, qui favorisent les échanges entre la France et le Japon. Bien sur, à l’origine de ces initiatives, il y a des hommes et des femmes passionnés par le Japon, passionnés par la France, franco-japonais…qui en ouvrant une porte sur leur passion font reculer les préjugés et permettent une meilleure compréhension entre le Japon et la France.

Publié par

Christian Bouthier

Au Japon depuis 1982. Traducteur et interprète.

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